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Ecriture

   

 

 

Conseils d'écriture

issus du guide de versification "Comment l’écrire ?"

 

 

1-  Conseils généraux

Quel que soit le style adopté par l'auteur (poésie versifiée, poésie en prose, conte, nouvelle, roman...), certains conseils ont la même portée.

Eviter l'emploi intempestif de verbes banals
Les verbes « être », « avoir », « faire », « aller » sont des mots à éviter en langage littéraire. Ils banalisent et alourdissent le texte. Un emploi mesuré est à surveiller.

Eviter les répétitions
Certains textes contiennent des mots répétés, par exemple 2 fois en 3 vers, voire même 2 fois dans une même phrase de prose. Ceci alourdit considérablement le texte et en gêne la lecture. Préférez des tournures différentes, des pronoms ou des synonymes.

Bannir les fautes d'orthographe et de grammaire
Sans parler d’un texte rempli de fautes (je n’en ai pas encore trouvé de tel !), on trouve encore trop souvent des œuvres avec quelques fautes. Relisez bien vos textes avant de les envoyer aux concours. Si votre texte attire l’attention de la même façon qu’un autre texte, ce sera hélas l’élément déterminant déclassant votre œuvre.

Multiplier les images
Des oeuvres sont superbes du point de vue rythme, style, forme. Mais elles restent pauvres en images, ce qui en limite le côté poétique et littéraire.

Supprimer les chevilles
La cheville est un mot ou un ensemble de mots permettant de parfaire la structure du texte, d’insister sur une notion, mais n’apportent rien à la compréhension. Les chevilles peuvent être aisément supprimées.

Exemple :          Le temps est trop hideux ! Le soleil fuit très loin...

Ici, on peut aisément supprimer la cheville « trop » et la cheville « très » sans altérer le sens. Par contre, il manquera des pieds nécessaires à la structure de l'alexandrin. Une possibilité : Un nuage apparaît, effrayant le soleil…

 

2- La poésie libre

La poésie libre n’est pas une poésie « facile » et justement, elle requiert des qualités certaines pour être vue comme une réelle œuvre poétique. La structure dite "classique" ne permettant pas d'insuffler le rythme, l'auteur doit pouvoir le créer lui-même. La poésie libre est remarquée lorsqu'elle est novatrice, sans pour autant s'expatrier vers l'excès !

Adopter des rimes justes, ou bien ne pas en utiliser
La poésie libre n’impose pas de rimes. Préférez les textes sans rime plutôt que des rimes incohérentes ou forcées, laissant trop sentir le recours au dictionnaire de rimes.

Se libérer de la structure
La poésie libre n’impose aucune forme. Ainsi, il est inutile de placer dans cette section vos textes de facture classique. La poésie libre apporte justement la « liberté » de fixer ses propres rythmes, styles, formes, longueurs de vers… Quelques exemples :

La nuit peint le ciel
Par le pinceau de l'angoisse
En un triste noir.
Mais je ne sais regarder
Que la blancheur des étoiles.
 

Ce texte pourrait mettre en relief « triste noir », par exemple :

La nuit peint le ciel par le pinceau de l'angoisse
En un triste noir.
Mais je ne sais regarder que la blancheur des étoiles.
 

Ou bien on peut insister sur « les étoiles » :

La nuit peint le ciel
Par le pinceau de l'angoisse
En un triste noir.
Mais je ne sais regarder
Que la blancheur
        Des étoiles.

  

3- La poésie classique

La poésie classique, quant à elle, est très réglementée ! Les règles auxquelles on se réfère encore actuellement pour la poésie classique ont été précisées et codifiées par Malherbe (1555-1628) puis par Boileau (1636-1711).

Il existe la poésie classique à "forme fixe". Ces formes fixes sont un ensemble de règles structurant un poème classique. On trouve notamment : Le sonnet, le pantoum, la ballade, le triolet, la villanelle, le rondeau, le rondel, le lai, les iambes, la terza rima…

Respecter l'égalité dans le nombre de pieds
Hormis quelques exceptions (iambes…), les poèmes classiques requièrent l’emploi d’un nombre égal de pieds au fur et à mesure des vers. Ainsi, si le 1er vers est en alexandrin, tous les autres vers seront de même facture.

 Déterminer les élisions

      L ’âme reste l ’essence de l ’Homme

 peut devenir, après élisions :

     L ’ âme est l ’essence humaine

 L’élision est le fait d’ « aspirer » le E muet d’une fin de mot par un son voyelle débutant le mot suivant. Ceci est obligatoire dans 2 cas :

             -  A la césure.
        -
  N’importe où dans le vers pour les mots se terminant par une autre voyelle + E (« joie, vie, pleurée… » doivent être élidés).

 Le fait de placer un mot à élider au pluriel, ne modifie en rien l’erreur !

Bannir les hiatus
L’ « hiatus » est la rencontre heurtée de deux voyelles autres que le E muet :

     - Soit à l’intérieur d’un mot :    oasis
    - Soit entre deux mots :           j’ai été   ;   qui a  ;  tu es

L’hiatus est à bannir en poésie classique. Certains mots courants peuvent être tolérés, tels qu’ « oasis », « tuer », …


Eviter les échos
Il y a écho lorsque l'on trouve des sons identiques ou voisins aux endroits accentués, c'est à dire à la césure et à la rime, d'un même vers ou de vers plus éloignés. Il existe deux sortes d'écho :

    -   L'écho césure / rime
    -   L'écho césure / césure

 Exemple d'écho à éviter :

     Il est des instants où l'homme se perd
        Et souvent il préfère oublier ses erreurs…
 

Pour éviter un écho, il faut compter un certain nombre de vers entre les deux sons voisins, afin que l’oreille du lecteur n’en soit plus gênée. Certains parlent de 4 vers, d’autres 6 vers, allant même pour certains jusqu’à 8 vers ! Pour ma part, je tolère 4 vers.

Lier ses vers
Une strophe doit contenir le plus possible de vers se lisant à la suite, sans point. Par exemple : 

Amoureuse du Ciel, depuis des millénaires,
La douce Mer exhibe ses flots ensorceleurs.
Elle offre un beau mélange au prisme des couleurs :
Des rayons du soleil et des éclats lunaires.

C’est un poème, hélas, qui contient un point, coupant le quatrain en 2 fois 2 vers distincts. Les 2 points de la fin du 3ème vers coupe encore le rythme. La fluidité en est donc altérée.

Par contre :

Amoureuse du Ciel, depuis des millénaires,
La Mer douce et plaisante aux flots ensorceleurs,
Réalise un mélange au prisme des couleurs
Des rayons du soleil et des éclats lunaires.

Ce poème montre la lecture d’une strophe complète dans un même élan.

Placer les césures
Placez correctement vos césures. Les formes classiques n’imposent pas toutes des césures, mais c’est le cas pour l’alexandrin (12 pieds), le décasyllabe (10 pieds) et éventuellement l’octosyllabe (8 pieds). Sauf exceptions ou idées novatrices, la césure se trouve à l’hémistiche (le milieu du vers), découpant ainsi le vers en deux demi-vers d’égale longueur de pieds.

Respecter l'égalité dans le nombre de pieds
Hormis quelques exceptions (iambes…), les poèmes classiques requièrent l’emploi d’un nombre égal de pieds au fur et à mesure des vers. Ainsi, si le 1er vers est en alexandrin, tous les autres vers seront de même facture.

Se méfier des diphtongues
On appelle « diphtongue » la réunion dans le même mot de deux sons voyelles qui se succèdent. Ces deux sons peuvent être prononcés :

 -      Soit d’une seule émission de voix et constituer ainsi un seul pied :

-                Exemple :             /pied/     (1 pied)              => C’est la « synérèse »

-      Soit d’une double émission de voix et constituer ainsi deux pieds :

-           Exemple :         /li/on/      (2 pieds)             => C’est la « diérèse »

    Pour savoir si un mot se compte en synérèse ou en diérèse, il faut se référer à leur origine latine. Mais le plus simple est de se reporter au tableau des diphtongues, publié dans de nombreux traités de prosodie.

Soigner les rimes
En poésie classique, il faut faire rimer les singuliers ensemble, et les pluriels ensemble.

Il faut également alterner les rimes féminines (généralement terminées par E, ES, ENT pour les verbes conjugués ) et masculines (toutes les autres, et l’ENT des sons en « en »). De plus, une terminaison de vers féminine ne peut rimer avec une terminaison de vers masculine. Exemple : « harem » (fin masculine) et « bohème » (fin féminine) ne riment pas.

Le manque de mots pour certaines rimes ne permet pas toujours de suivre cette règle qu’on doit cependant respecter, chaque fois qu’on le peut. Mais on peut trouver des équivalences : 

B-P  ;  D-T  ;  F-V  ;  J-CH  ;  K-C  ;  N-GN  ;  X-C-Z

Exemples :

               Don / bouton
        Triompher / rêver

 

Enfin, plus la rime est riche, plus elle est appréciée :

       Exemples :

      écru / dru        n'ont qu'un son "u" en commun
                 matin / satin       ont par contre une rime plus riche, alliant 3 sonorités communes : "a/t/in"

 

 

4- La poésie néo-classique

La poésie néo-classique n’est pas issue d’un mouvement ou d’une école. Elle est née dans les concours littéraires.

Son objectif est d’attribuer un palmarès pour des auteurs s’approchant du classique, mais ne respectant pas purement toutes les règles.

Chaque jury attribue des critères de notation différents. Si le manquement à certaines règles est toléré (présence de hiatus, petites erreurs de rimes…), d’autres ne peuvent être écartées (compte des pieds, élisions…).