Callinira

Ecrivain

poésie, romans

 
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Biographie
Je suis professeur de lettres classiques, mais à présent retraitée. J'ai toujours écrit, maintenant encore, même si je ne cherche plus à publier. Outre l'écriture, j'aime pratiquer l'aquarelle. Je lis aussi beaucoup. J'aime la solitude, les marches en forêt, le silence, la mer.

 
Bibliographie => ROMANS
sous le nom d'auteur < Anne ROLLAND-JACQUET >
 
~ Le coeur en désordre ~
Roman, Pierre Horay éditeur, (épuisé)

(extrait page 274, du roman traditionnel ~Le coeur en désordre~, 1960, Edition Pierre Horay, épuisé)

Le coeur en désordre



Ces quatre heures de train lui semblèrent abominablement longues. Pourtant, il dormit un peu, la tête dans la main.

Comme ils descendaient du train, à la gare Saint-Lazare, il crut qu’elle allait se trouver mal. Elle était très blanche. Il lui prit le bras. Il le lâcha comme ils se présentaient au contrôle et ne le lui reprit pas.

- Où dois-je vous conduire ? Demanda-t-il.

Il avait dit cela d’une voix qui s’efforçait de rester normale. Elle ouvrit la bouche, mais ne put parler. Il craignit qu’elle ne s’effondrât au milieu des passants et appela un taxi.

- Conduisez-nous à la gare du Luxembourg, dit-il.

Caroline attacha sur lui un regard terrifié. Ses yeux semblaient démesurément agrandis. La voiture passa sur la Seine tout brillante sous le soleil. Ils remontèrent le boulevard Saint-Michel. Un sentiment douceâtre, une sorte d’émotion vint tourmenter Vincent, désagréablement. « Que cela finisse ! » souhaita-t-il. La voiture stoppa.

Pour ne pas avoir à rester près d’elle, sans parler, il s’occupa du billet, des valises. Caroline était debout, toujours aussi livide, dans ce hall de gare où il l’avait si souvent attendue. Il vint vers elle.

Vincent se sentit agacé par un tic nerveux qu’il avait à la bouche. « D’autres ont passé par là », se dit-il en manière d’encouragement. Il saisit deux valises, laissa l’autre à Caroline et lui dit : « Descendons ». C’était affreux d’avoir ainsi à la conduire.

Comme ils arrivaient sur le quai, un garçon de dix-huit ou vingt ans qui venait d’apercevoir Caroline de dos, émit un sifflement d’admiration. Vincent le regarda, puis il regarda Caroline. Ah ! oui, c’est bien fini…


~ Aria da Capo ~
Roman, Les éditions de minuit, 1972, 123 pages

(extrait pages 36-37 du roman "Aria da Capo",

Aria da Capo



Je voulais tout, posséder tout, j’étais perdue, si loin. J’ai su à ma souffrance que je t’aimais. J’ai traîné cet amour comme un poids au début, de même les enfants nouveau-nés qui ne voient pas, qui ne parlent pas, qui ne savent que pleurer et que l’on nourrit, avec tendresse. Peut-être bien que c’est alors que je t’ai tant regardé et que tu m’es apparu plus étranger que ceux dont j’ignore le nom, dans les rues, les noms de tes amis, quand tu les citais au hasard des conversations que nous avions, si peu, j’étais jalouse d’eux, de tous, de ta concierge, de tous ceux qui t’appelaient par ton nom. Je sentais venir le désespoir et la colère, je me disais je ne suis rien ici, je ne suis rien, une putain ferait l’affaire, peut-être bien, peut-être, je ne disais rien, je n’osais rien dire. Tout ce que je pensais si j’avais eu vingt ans je l’aurais dit, quelle tristesse, mais je songeais à ces déjà mûres qui exhibent dans les rues les jupes plissées de leur enfance et je me taisais. Ah le beau temps perdu de la jeunesse sur les pages en ce temps-là on gâche tout, on vit les mains ouvertes, et quand on se tait one parlera plus. L’avenir tout entier contenu dans le premier instant, désir, plaisir, silence, et voilà ce que je pensais à la fin de cet hiver quand je compris que j’avais commencé à t’aimer.

A.Gaillon a retiré sa veste, est rentré, Juliette descend, ils se retrouvent.

Il faut recommencer à parler.

- Voulez-vous voir votre chambre, vous reposer ?


~ A Cappella ~
Roman, Les éditions de minuit, 1972, 115 pages

(extrait pages 34-35 du roman ~A capella~, 1972, éditions de Minuit, 115 pages)

A Cappella



Les débuts de printemps lorsqu’on ouvrait la fenêtre toute la nuit, de ton lit je regardais le ciel. Roses rouges et odorantes, petites roses rouges sur le lavabo blanc. Il n’y avait pas de mensonges, nous étions malheureux simplement.

Chaleur d’orage de Colico, le bout du monde. Demain nous entrerons dans Vérone, moi lourde et désespérée, abandonnée deux fois. Comment imaginer l’hiver via Mazzini et quel hiver ? J’écoute la pluie sur le parasol. Les pastèques sont tièdes et j’ai les doigts poisseux. Marcher, marcher encore, il fait si chaud, rien n’a de sens. Déjà je n’existe plus je le sais.

Lui sur la roche, moi les mains ouvertes et refermées sur rien. Bruit de mes ongles peut-être et les genêts morts qui se brisent. Que fera-t-il dans le chemin, désormais seul.

- Êtes-vous restés longtemps sur le rocher ?
- Non. Nous devions monter jusqu’en haut, retrouver le soleil, elle n’a pas voulu. Alors j’ai marché seul. Elle a dû s’asseoir, pourtant elle avait froid, elle l’avait dit.

Froide comme la campagne en bas, dans l’ombre. Un chien aboie. La cheminée fume, on la voit encore, on la devine plutôt. J’ai mis une bûche dans le poêle avant de partir, il fera chaud lorsque nous rentrerons. Lui, moi. Une femme le long de son corps et moi si loin. Nous ne dormons pas, nous ne parlons plus.

 
~ Heures séculaires et instantanées ~
Roman, Editions Le temps d'écrire, 1998, 96 pages (épuisé)

(extrait page 95 du roman ~Heures séculaires et instantanées~, 1998, éditions Le temps d'écrire, 96 pages)

Heures séculaires et instantanées



Lorsqu’elle ouvre ses yeux, c’est toujours le même paysage. Et si rien ne changeait ? Elle s’affole sans que rien en paraisse.

Il faudra trouver ces vers, où donc depuis le temps, ces papiers doivent bien être quelque part. Il essaie de se souvenir. Il fait nuit, il a chaud. Peut-être fait-il trop de buit. Il écoute, rien.

Il a dû dormir.

Tic-tac du réveil, la nuit finira bientôt. Plus un instant à perdre.
Il s’est endormi dans l’herbe.
Penser à raconter le couple de l’autobus. Les cerner, les saisir, s’accrocher. A la fin cela devrait être possible.
Passer la soirée dans le fauteuil, regarder la maison d’un air de patriarche, sourire aux enfants. Rentrer à la première fraîcheur, aux premiers moustiques, Avoir l’air normal, gagner du temps.
Retrouver aussi le violon.
Emporter les poèmes et le violon. Partir à l’aube, juin ou juillet, vers quatre heures en fredonnant un air d’avant la guerre.

Il aurait pu finir comme les autres, une serviette autour du cou, bavant sa soupe.
Il était assis sur le sol, à côté de lui des papiers, il tenait un violon contre son cœur, pauvre clown. On dit qu’il n’a reconnu personne. Il amusera les enfants.

L’orage s’est éloigné dit une voix.


Bibliographie => POÉSIE
sous le nom d'auteur < Ninon ROLLAND-JACQUET >
 
~ Le rire en pleurs ~
Poésie, 2003, édition Le Vert-Galant, 70 pages, 10 €
 

Cris

Les plus beaux cris d’amour ont tous une musique
Qui n’appartient qu’à ceux qui ont su les jeter.
C’était le temps radieux des tendres voluptés
Mais les rires déjà sonnaient mélancoliques.

Je savais lui chanter la plainte mélodique
Qu’il n’a jamais comprise. Aujourd’hui, telle Até,
J’expie. Mon cri est sourd. Mon chant épouvanté
N’a jamais retrouvé la transparence antique.

Mais si près de la nuit que je sois parvenue,
Un cri de rage enfin trop longtemps retenu
Jaillira, victorieux, de ma lèvre rebelle.

Je veux, telle Atalante, haletante, égarée,
Retenant dans ses bras le fils de Mégarée,
Profaner de mes cris le temple de Cybèle.

(01/09/02)



~ La Doumka ~
Poésie, Editinter, 10 €

Chimère

Les plus beaux cris d’amour ont tous une musique
Qui n’appartient qu’à ceux qui ont su les jeter.
C’était le temps radieux des tendres voluptés
Mais les rires déjà sonnaient mélancoliques.

Je savais lui chanter la plainte mélodique
Qu’il n’a jamais comprise. Aujourd’hui, telle Até,
J’expie. Mon cri est sourd. Mon chant épouvanté
N’a jamais retrouvé la transparence antique.

Mais si près de la nuit que je sois parvenue,
Un cri de rage enfin trop longtemps retenu
Jaillira, victorieux, de ma lèvre rebelle.

Je veux, telle Atalante, haletante, égarée,
Retenant dans ses bras le fils de Mégarée,
Profaner de mes cris le temple de Cybèle.

(01/09/02)


~ Le Calame ~
Poésie, Editinter, 10 €

Le coup de dés


Le temps est désolant et jusqu'à la nausée
Il incendie le jour immobile et sans âge,
Lent, traînant après lui dans un brûlant sillage
Mon passé révolu et dépoétisé.

L'illusion est morte et l'espoir nécrosé
Tente en vain de frémir. L'avenir s'ennuage,
Etranglé désormais. J'attache à ton visage
Le reflet indécis de l'amour déguisé.

Juillet, il faisait chaud. Par la fenêtre ouverte
Sur le fleuve embrasé aux lourdes flambées vertes,
Ils regardaient vibrer, profonde, la forêt.

Mélodieux, la voix doucement exaltée,
Mallarmé, murmurant comme on livre un secret,
Lisait à Valéry, pensif, son Coup de dés.

12/06/2005